Gaza

Publié le par blog-allemoniere-tf1

Pas de photo d'elle ni de sa petite fille, nous dirons qu'elles s'appellent Heba et Sara.

Nous les avons rencontrées alors qu'elles venaient d'être refoulées par les israéliens au point de passage d'Eretz.

 

 

No man' land qui s'étend avant d'arriver au point de passage d'Eretz coté palestinien. ( porte de sortie de Gaza en Israël).

 

Coincée dans un des derniers sas de sortie conduisant au long couloir qui permet de passer coté palestinien, Heba n'arrivait pas à progresser avec sa lourde valise, son gros sac de voyage et sa petite fille. Il faisait déjà très chaud ce matin là, plus de 38° et il n'était guère plus de 10h

.Je lui ai proposé dans mon anglais teinté d?accent français de l'aider. Vêtue d'un jean, d'une tunique verte olive brodée, les cheveux recouverts d'un petit foulard colorée, elle n'avait rien à voir avec ces femmes enveloppées de leur abaya noire,  croisée à Gaza.

Une fois le tourniquet passé, je m'apprêtais à l'abandonner pour rejoindre mon fixer palestinien

 

 

 

Azmi au travail dans une rue de Gaza ville.

(correspondant local, il organise les rendez-vous et traduit et peut aussi, comme c'est le cas d'Amzi, être caméraman) qui m'attendait de l'autre coté de ce no man's land lorsque je l'ai entendue prononcer une phrase en français.

Elle s'adressait à sa fille sans aucun doute ! pas à moi.

Je me suis arrêtée, surprise ;

 

« Vous parlez français ? »

 

Avec un léger accent palestinien, elle m'a expliqué, en français, qu'elle était étudiante en master à Toulouse. Elle vivait dans la ville rose avec le père de son enfant, la petite, née en France, avait des papiers français. Heba était inquiète, la rentrée des classes approchait et sa fille n'allait pas pouvoir faire sa rentrée, .Elle avait bien alerté le consulat français à Jérusalem sur le sort de cette petite fille français perdue à Gaza avec sa mère, mais pour l'instant, à part des conseils et des bonnes paroles, les diplomates  ne l'avaient gère aidée.

Le consulat lui avait dit, ce qu'elle savait déjà à savoir qu'elle devait demander un visa de transit à la représentation jordanienne, munie de ce précieux document, ils l?aideraient à passer en Jordanie. Mais voilà, sa demande faite il y a un mois, restait sans réponse,.

 

Heba était désespérée, inquiète. A gaza la situation s'empirait de jour en jour et le blocus semblait ne jamais devoir être levé. Elle ne savait plus quoi faire ;

 

 



Les rues du centre pleines de poubelle, les employés municipaux en grève ne les ramassent plus

 


La jeune femme avait les nerfs à vifs. Sa petite fille, était au bord de la déshydratation, cela faisait plus de trois heures qu'elle s'était engagée, avec son enfant,  dans ce tunnel pour tenter de passer coûte que coûte en Israël, et elles étaient maintenant obligées de rebrousser chemin. Nous n'avions pas d' eau et la dernière grille blindée coulissante, qui nous restait à franchir était fermée. Israël décide de l'ouvrir et la fermer selon des critères ignorés par eux qui emprunte ce passage. Après c'est gaza.


Il nous a fallu patienter. A cet endroit, entièrement recouvert, la température est très élevée car des spots lumineux, des achémis de 4000 volts  inondent de lumière le couloir surveillé par des caméras vidéo.

L'attente s'est prolongée 30 minutes, le temps de prendre ses numéros de téléphone, ceux des passeports palestiniens, de sa  carte de séjour et celui de la carte d'identité française de la petite sara.

 

J'avais décidé de les aider. Le cas de Heba était exemplaire de l'absurdité de la situation pour les civils.

 

 Heba était palestinienne, sa famille vivait à Gaza, elle avait quitté la région après avoir obtenu des papiers pour entreprendre un troisième cycle en France. Son français était impeccable.



Rue de gaza

Depuis des décennies la communauté palestinienne ne cesse d'exporter ces enfants, une façon de leur faire échapper à l'enferment et à une vie sans avenir. Heba était partie, elle revenait pour la première fois en juin, elle ignorait, à l?époque, que ces vacances allait tourner au cauchemar, 15 jours après son arrivée après une bataille de rue féroce, le Hamas prenait le contrôle de la bande de gaza.

 

 

Le retour prévu en France un mois plus tard était compromis. L'Egypte fermait ses frontières début juin et Israël  n'autorisait  que le passage de denrées alimentaires et de cas humanitaires (santé).

Après avoir téléphoné, à des amis jordaniens, après avoir vérifié auprès des autorités israéliennes qu?elles ne s'opposeraient pas au transit de cette petite française et de sa mère j'ai compris qu'il ne suffisait qu'un peu de bonne volonté des autorités consulaires françaises à  Jérusalem pour débloquer sa situation.

Alors, j'ai décidé de joindre par téléphone les "bonnes personnes" au ministère des Affaires Etrangères à Paris et....la situation s'est débloquée comme par miracle en 24h !

Heba et Sara ont obtenu leurs papiers. 3 jours plus tard, un jeudi,  une voiture du consulat de France les conduisait au pont Allenby, poste frontière entre Israël et la Jordanie.

Sara a pu faire sa rentrée, Heba m'a remerciée.

 

INFO :

Depuis le bouclage de la bande de Gaza après la prise de contrôle par le Hamas, le 14 juin dernier, plusieurs milliers d'étudiants enregistrés dans une fac à l'étranger, USA, Qatar, Egypte, Canada, France se trouvent dans l'impossibilité de sortir.

L'Egypte refuse toujours d'ouvrir son poste frontière avec Gaza, poste par lequel ils sont tous passés. Ils seraient 5000.

A deux reprises Israël a accepté d?en faire transiter un petit nombre, moins de 200 par son territoire, pour les autres, c'est l'attente.

L'autre possibilité, (celle choisie par Heba et sa fille) obtenir de la Jordanie un visa de transit mais Aman n'est guère favorable à ce genre de solution. Aujourd'hui, des milliers de demandes de visa et de visa de  transit, s'entassent au ministère de l'intérieur jordanien.

 

 

 

Les étudiants sont à ce jour toujours bloquer et attendent d?être choisis pour transiter par Israël

 

 

 

 

 

 

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M. 21/09/2007 16:15

Bonjour,
La lecture de votre article ne peut que susciter des interrogations quant à la situation de cette jeune femme, qui semble pourtant être commune à de nombreux jeunes.
Ce conflit dont on parle tant reste cependant bien compliqué aux yeux de simples citoyens français comme moi ! En dépit de toutes ces informations que l'on nous donne, nous nous sentons bien impuissants face à cela, et ce d'autant plus, que rien ne semble jamais aboutir quand des démarches pour trouver la voix de l'apaisement sont enclenchées.
Pour finir, un grand merci à vous madame pour tous vos reportages et plus particulièrement pour l'aide apportée à cette jeune femme et à sa fille ! 

Maâtt 14/09/2007 22:03

vous écrivez que les palestiniens exportent leurs enfants afin de leur éviter l'enfermement.......
pour obtenir une bourse de l'égypte ou du koweit, il faut avoir au moins un parent martyr, c'est à dire qui se sera fait sauter en tuant des israéliens civils ;
L'enseignement des palestiniens est essentiellement à la charge de l'UNRWA, organisme fondé pour venir en aide aux réfugiés palestiniens ; ceux-ci sont les seuls réfugiés au monde a avoir droit à un organisme spécifique, aucun réfugiés au monde n'y a eu droit, de plus, sur une aussi longue période, les palestiniens étant réfugiés de père en fils et en petit-fils, ce qui est aussi une exclusivité palestinienne.
Les états arabes ont promis une aide à l'UNRWA pouvant atteindre 8% mais en réalité cette aide n'atteint pas 3% ; l'essentiel de l'aide c'est à dire 90% est payé par les USA tant haï et par l'Union Européenne.
Et pendant ce temps, les israéliens ont absorbé environ un million de juifs expulsés des pays arabes, mais ceux-ci n'ont jamais eu droit à des aides spécifiques. De plus, lesdits réfugiés ont été absorbés par Israël, et subviennent eux même à leurs besoins.