Paris se met à l’heure Afghane

Publié le par Patricia Allemonière

Paris se met à l’heure Afghane et  la conférence qui s’est ouverte ce matin, marque le retour de la France en Afghanistan. Nicolas Sarkozy s’est engagé à donner 107 milliards sous forme d’aide à ce pays considéré par l’ONU comme l’un des 5 pays les plus pauvres au monde. Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon et Hamid Karzaï, le président Afghan ont insisté sur la relance du processus de reconstruction et sur la sécurité.

Quatre-vingt pays et quinze grandes organisations internationales sont représentés.

 

Une conférence de plus ?

 

En quelques heures, les délégués vont parler corruption, drogue, sécurité, développement, plan quinquennal, santé, éducation. Les grands de ce monde vont s’engager à coordonner leurs efforts, à ne plus la jouer solo. Quant au président afghan il devrait promettre de mettre fin à la corruption qui gangrène le pays.

Les pays donateurs mettront la main à la poche. Les calculatrices seront priées de ne pas faire d’erreurs. Certains se feront rappeler à l’ordre, une partie de l’argent promise lors du sommet de Londres il y a deux ans, 10 milliards n’a jamais été versée et le reste va souvent dans la poche des OGN et des contractants étrangers sous forme d’achat de 4/4, de salaires et de budget sécurité.

 

Les mauvaises langues qui estiment que la communauté internationale s’embourbe chaque jour un peu plus, sont priées d’avoir un regard plus positif. Les communicants mettent aujourd’hui, en avant les réussites du processus engagé après le départ des talibans, 6000 écoles crées en six ans, des centaines de kilomètres de route reconstruites. Les forces armées, passées de 1700 hommes en 2003 à 63 000 hommes aujourd’hui.

 

Les points noirs seront aussi relevés et ils sont nombreux :

 

En premier lieu, l’insécurité, tout le monde fera, à n’en point douter, son mea culpa et soulignera qu’il était très difficile d’anticiper le niveau de violence actuelle. Les spécialistes estiment qu’il n’en est rien. Il suffisait de connaître un peu le pays pour savoir que l’on n’achète pas la paix en donnant de l’argent aux chefs de guerre.

Mais à croire les humanitaires et nos diplomates, ces erreurs d’appréciation ne doivent pas être un prétexte pour baisser les bras, au contraire, il faut relever les manches et relancer la reconstruction.

 

Deuxième point noir, la drogue. Le pays fournit 93°/° du marché mondial des opiacés et ce avec la complicité des forces internationales. Petit rappel, les britanniques ont ainsi négocié avec les talibans la fin des attaques contre les soldats de sa majesté, dans leur zone, contre la récolte de pavots. On appelle cela de la « réal politique !

 

En fin de journée, les représentants des différents pays devraient s’engager à coordonner leurs  actions. Les Afghans ont défini plusieurs secteurs vitaux, l’agriculture, la santé, la sécurité, les transports, l’énergie, l’éducation. L’aide devrait se fondre dans un vaste plan quinquennal, l’ANDS (Stratégie de développement national de l’Afghanistan) présenté aujourd’hui par Hamid Karsaï.

Bref, vous l’avez compris, il s’agit de redonner une dynamique au développement qui en a bien besoin.

Rien ne dit que cette fois ci cela ne va marcher…. Il faudrait que le gouvernement se dote d’une force de police non corrompue, d’un système judicaire digne de se nom, en finir avec les chefs de guerre assoiffés d’argent et mettre un terme à la corruption et à la culture du pavot.».

 

La paix ?

 

Il sera aussi question de politique, si Hamid Karzaï reste la meilleure carte des occidentaux, certains aimeraient le voir entamer des négociations avec les talibans « modérés ». Voilà qui agace et inquiété la délégation iranienne présente à Paris avec son ministre des affaires étrangères. Les leaders iraniens (chiites), détestent les talibans (sunnites) qu’ils décrivent comme autant d’éléments relevant de la même mouvance qu’al Qaida et s’opposent farouchement à toute idée de dialogue avec les étudiants en religion.

 

Bref la vision d’Ahmadinejad sur cette question est semblable à celle de Georges W Bush.  Une fois n’est pas coutume ! Il faut savoir que l’Iran et le Pakistan ont toujours rivalisé d’influence en Afghanistan. Téhéran, en revanche, s’accommode très bien de la présence militaire des forces de l’OTAN ?

 

Voilà qui occupe les occidentaux. Pendant ce temps, ils ne s’occupent  de ce qui se passe en Iran. Pour aider l’Afghanistan, Téhéran mise sur le développement économique en faisant remarquer que le pays a déjà investi 2 millions de dollars et projette d’en investir une centaine d ‘autres (une goutte d’eau si on compare ce montant aux besoins afghan évalués à 50 milliards de dollars par l’équipe Karzaï. Cinquante milliards pour les cinq prochaines années dont10 pour la sécurité).  

 

La France ?

L’opinion publique française, qui avait complètement oublié que nous avions plus de 1000 soldats intégrés dans la force internationale, est priée par les communicants  « de se réveiller » car nos missions vont évoluer. Sept cent militaires supplémentaires vont être envoyés. Il s’agit de montrer à nos amis de l’Otan que cette fois ci, c’est pour de bon, nous allons réintégrer le commandement unifié et en augmenter nos contingents.

Sur le terrain, nous n’allons plus nous contenter de sécuriser Kaboul, de former l’armée afghane et de faire des missions humanitaires (lancées en 2002) mais allons être engagé dans des opérations  plus offensives. Cette conférence tombe à point nommé.

 

Reste que ce bel exercice met en évidence l’échec de l’option du tout militaire, et les dérives du processus de reconstruction….

En six ans les Talibans ont eu le temps de reconstituer leur force de prospérer….et de s’enrichir.

Mais au fait, qui sont-ils ?

 

Des afghans.

 

 

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